Histoire de notre monastère

Dans le département des Hautes-Alpes, à 40km à l’ouest de Gap, notre monastère est situé dans la commune de la Faurie au hameau montagnard de Notre-Dame. Protégé par son site d’habitat perché sur un plateau culminant à 1000 mètres d’altitude, ce lieu offre les conditions de quiétude d’un espace rural profond et dépeuplé, bien que surplombant la haute vallée du Buëch, où un axe routier permet de rejoindre Grenoble par le col de Lus la Croix-Haute.

Cette fondation récente a accueilli ses premiers novices en 1982, et son statut ecclésial actuel est rattaché à la Métropole grec-orthodoxe de France, sous l’omophore de Mgr Emmanuel, Métropolite de France et Exarque du Patriarche œcuménique de Constantinople.

Le monastère s’est construit par étapes sur les bases d’une première communauté existant dans les années 1970, sans qu’aucun plan formel établi à l’avance n’ait présidé à sa fondation.

Une période de discernement d’une dizaine d’années sera nécessaire pour voir éclore le premier noviciat. Le fondateur Joseph Raïsi est un jeune orthodoxe, professeur de philosophie à Marseille, lorsqu’il achète une ferme en ruine avec un hectare de terres en septembre 1970. La première liturgie eucharistique est célébrée par le père Cyrille Argenti en 1971, à l’occasion d’un camp de scout hellénique. Un an plus tard, un nouveau poste obtenu à Gap permet au jeune Joseph de consacrer son temps libre à la retraite spirituelle en s’installant de manière définitive à Notre-Dame. Les fidèles ont gardé en mémoire la liturgie du 17 août 1972, où le père Pierre Koppel[1] inaugure au nord du hameau l’ancienne bergerie transformée en chapelle. L’été, les grandes vacances sont occupées laborieusement au travail ascétique de restauration d’un bâtiment dédié à la Dormition de la Mère de Dieu, lieu de culte principal (jusqu’en 2007) ayant donné son nom au monastère.

« Le respect de la vocation et du mode de vie de chacun[2] » fait de Notre-Dame un lieu d’accueil mais l’enthousiasme des débuts ne gomme pas les exigences de la vie en Église. La vie de prière en structurant ses membres, invite ce « petit groupe de croyants »[3] à demander la bénédiction de ceux à qui est confié le ministère en matière religieuse. Le père Stéphane Charalambidis, vicaire général envoyé à Marseille en 1972 pour son éminence, Mgr Mélétios, de bienheureuse mémoire, alors métropolite pour la France, apporte son soutien actif en vue de créer un « lieu de rencontre, d’approfondissement, de foi et de célébration ».

Un choix plus radical cependant se fait sentir à la fin de l’année 1974, où, à l’occasion d’un pèlerinage à Jérusalem, le fondateur se sent appelé à embrasser la vie monastique. Fin novembre 1976, la première visite pastorale orthodoxe à Notre-Dame, effectuée discrètement par Monseigneur Mélétios va bénir la constitution d’une association cultuelle (publiée au J.O en 1977) et confier le jeune Joseph à la paternité spirituelle du père Benoît, higoumène du monastère orthodoxe de la Dalmerie près de Lodève. Ce dernier va en peu de temps former son fils spirituel, lui donner l’habit monastique et le tonsurer à l’été 1978 sous le nom de Victor, saint martyr de Marseille.

[1] Venu d’Anduze dans le Gard, non loin de la communauté de Fenouillet, qu’il dessert.

[2] Selon la réunion de l’assemblée de l’Association cultuelle du 11 aout 1977.

[3] L’expression vient du bulletin paix édité par la Dalmerie.

Lorsqu’après son ordination à la prêtrise le 20 septembre 1981, père Victor reçoit par lettre canonique la bénédiction de la métropole d’accueillir des novices, le centre de culte établi dans la commune de La Faurie est devenu un monastère. La première génération de moines qui résident à Notre-Dame de 1982 à 2000 ne dépasse jamais la dizaine mais fait une œuvre très conséquente pour poursuivre les travaux de l’église et créer un cadre matériel propice à organiser la vie communautaire : réfectoire, cellules et communs sont restaurés où construits ex nihilo pendant ces années-là.

Sous la houlette du fondateur, père Victor, deux chapelles supplémentaires à la fin des années 1980 seront aménagées dans le bâtiment d’origine. L’une à l’intérieur des locaux au premier étage sera dédiée à saint Nicolas pour perpétuer la tradition liturgique orthodoxe établie à l’Argentière où existait dès l’entre-deux guerres une chapelle russe homonyme. Le démantèlement de l’usine et le départ des ouvriers russes entrainera la fermeture de ce premier lieu de culte orthodoxe des Hautes-Alpes. En outre, père Victor héritera du mobilier liturgique, d’un ornement et d’une croix, ayant été utilisés par saint Alexis Medvedkov (1867-1934)[1]. Enfin, l’autre chapelle dédiée à saint Martin, sera aménagée lors de la restauration du soubassement d’un autre bâtiment attenant au premier ensemble. Elle sera inaugurée le 11 novembre 1987 par Monseigneur Stéphane co-fondateur[2], ordonné évêque au début de cette même année ; par la suite ce lieu de culte, plus proche et moins froid, sera utilisé en hiver. Notre évêque sera là un an plus tard pour consacrer l’église haute dédiée à la Dormition et organiser à cette occasion un rassemblement où les principaux higoumènes de France seront présents. L’évènement sera répété en décembre 1991, et verra à l’issue de la seconde journée le 17 du même mois l’intronisation officielle de Père Victor en tant qu’Higoumène par le nouveau Métropolite, Mgr Jérémie.

Une dizaine d’années après son érection canonique, la communauté qui rayonne sur l’extérieur et veut protéger son enceinte monastique, ne pérennise pas l’expérience du Centre Culturel qu’elle établit en 1989 à Saint Pierre d’Argençon, préférant poursuivre les travaux d’un local dans Manosque, ville du dernier poste d’enseignement de Père Victor, qui devient le « métochion[3] » Saint-Cassien, dépendance du monastère et lieu de culte pour les fidèles orthodoxes des Alpes de Haute Provence et des environs. La liturgie est célébrée actuellement une fois par mois.

[1] Canonisé en 2004, plus connu sous le nom de saint Alexis d’Ugine.

[2] Voir chapitre « Les débuts » ; Mgr. Stéphane est actuellement métropolite d’Estonie.

[3] Procure.

En 2006, les moines ont construit une nouvelle église, devenue l’église principale (katholikon), inaugurée pour la Saint Basile, le 1er janvier 2007.

De plan basilical simple, elle est entièrement couverte de fresques, et les offices y sont tous célébrés en français, chantés sur des mélodies byzantines. Un important travail d’adaptation du chant byzantin en langue française a été fait sous l’impulsion du second higoumène. La consécration de l’église principale, dédiée à la Sainte Sagesse de Dieu, fut effectuée lors de la fête de la mi-Pentecôte, le 9 mai 2012.

L’actuel Supérieur, le hiéromoine Silouane, est le 4e higoumène depuis la fondation du monastère. Il a succédé au hiéromoine Irénée à la fin de l’année 2018.

Depuis la visite, fin 2018, de l’Archimandrite Elisée, higoumène du saint monastère de Simonos Petra au Mont-Athos, un lien s’est tissé entre nos deux monastères. Ce qui nous permet de vivre plus intensément et plus sûrement la grand Tradition, inaltérée sur la Saint Montagne.