Apport de la vie monastique à la vie du chrétien orthodoxe dans le monde

Le peu que je puisse dire, c’est ce que peut apporter la vie monastique à tout chrétien pour comprendre ce que signifie «agir en orthodoxe aujourd’hui». Je dis la vie monastique et non les moines car il y a l’illusion chez beaucoup de chrétiens que les moines doivent être des saints. Or saint Jean-Climaque dit que le monastère est «un hôpital de l’âme» et dans un hôpital on met des malades.

Si vous sentez que vous volez sur la voie de la perfection, que les qualités spirituelles et morales sont pour vous faciles à acquérir, si en vous regardant dans la glace le matin vous voyez des ailes vous pousser, alors dites-vous que la vie monastique n’est pas pour vous. Si, par contre vous retombez toujours dans les mêmes erreurs, si vous vous débattez dans des passions dont vous n’arrivez pas à sortir, vous pouvez vous dire «peut-être il serait temps de me retirer dans un monastère».

Que fait-on dans un monastère ? Un Père du désert répondait : «On tombe et on se relève, on tombe et on se relève». Comprendre la vie monastique comme cela évite beaucoup de quiproquo, d’illusions, de déceptions aussi. Les moines sont des hommes pécheurs, mais le monastère nous enseigne comment le chrétien doit être le témoin de l’immense miséricorde de Dieu pour tous les hommes. Les soldats destinés à arrêter le Christ étaient revenus en disant : «Nous ne l’avons pas arrêté car aucun homme n’a parlé comme cet homme». Le Christ était le Verbe de Dieu. Pour nous, il ne s’agit pas forcément de parler, mais il faudrait que tous ceux qui côtoient un chrétien puissent dire : «Aucun homme n’a aimé comme cet homme». Comment peut-on parvenir à cet amour qui n’est pas celui d’un sentimentalisme ? Trois paroles de l’Évangile sont ici essentielles pour la vie monastique. Lire la suite...

Archimandrite Victor, pro-higoumène et fondateur du monastère de la Dormition de la Mère de Dieu.
(Intervention aux Journées régionales orthodoxes, organisée par la Fraternité orthodoxe locale en Avignon, mai 1998.)

Au rythme des heures

Notre journée monastique commence la nuit, pendant laquelle chaque moine se tient seul devant Dieu, dans la prière et la méditation des Divines Écritures.
La communauté se retrouve pour l’Orthros (office des Matines) à 5h30, suivit de la Divine Liturgie chaque jour sauf le lundi.
Après un temps de repos, les moines prennent leurs obédiences (travaux monastiques) que chacun accomplit dans l’obéissance et l’esprit de service.
Les Heures de Tierce et Sexte sont lues à 11h30. Les mercredis, nous chantons la Paraclisis à la Mère de Dieu.

Le repas est pris vers midi, toujours accompagné d’une lecture spirituelle. Les moines jeûnent chaque lundi, mercredi et vendredi, ainsi que pendant les périodes de Carême.

Vers 13h, la communauté se remet au travail : cuisine, jardinage, entretien du monastère, mais aussi iconographie et artisanat. Le travail, surtout manuel, revêt une grande importance dans la tradition monastique, aussi bien en orient qu’en occident. Il est le lieu de la mise à l’épreuve de la charité fraternelle et constitue une part de ce que les Pères appellent le «labeur corporel». A 17h30, c’est l’heure des Vêpres précédées de l’Heure de None : «Parvenus au coucher du soleil et contemplant la lumière du soir, nous chantons» la gloire de Dieu qui s’est révélé à nous.

Puis le second repas quotidien nous réunit au réfectoire, suivit des Complies ou de la synaxe, réunion de la communauté autour de son higoumène. Lieu de partage fraternel, simple et joyeux. Lieu aussi d’enseignement spirituel dispensé par l’higoumène.

Ensuite, chacun regagne sa cellule pour la nuit, rendant grâces à Dieu pour la journée qui vient de s’écouler. Ce rythme quotidien est d’une grande importance pour notre vie. Il garantit une certaine stabilité, indispensable pour approfondir notre relation à Dieu. Le temps ainsi sanctifié nous fait prendre conscience de la présence de Dieu dans chaque chose et à chaque instant.